Michel bühler

Comme un goût de solitude

Michel bühler
C'est un vieux port de Malaisie,
Pourri sur pied sous le soleil.
L'alcool de la dernière nuit
Engourdit encore ma cervelle.
Une grosse chinoise assoupie
Au bar, attend la clientèle,
La chaleur de l'après-midi
Coule sur les murs du bordel.
Ici, quand on y met le prix
On peut s'en payer de plus belles,
Comme partout, d'ailleurs, et puis
On retrouve au fond des bouteilles,

Comme un goût de solitude,
Une envie d'aller plus loin,
Et cette folle certitude
Que quelque part il y a quelqu'un!


Et Arthur étale sa vie:
Dix-sept ans qu'il est capitaine
Entre Bangkok et l'Australie,
Entre cette pute et la prochaine.
Les parfums du marché aux fruits
Se mêlent aux relents qui se traînent:
Odeur du fleuve et d'eau croupie,
Poissons morts que la mer emmène.
Hier, j'ai bu pour trouver l'oubli,
Hier, j'ai bu pour une semaine,
J'ai mélangé bière et whisky,
Trouvé, dans l'amour et la haine,

Comme un goût de solitude,
Une envie d'aller plus loin,
Et cette folle certitude
Que quelque part il y a quelqu'un!


Je boirai encore aujourd'hui
Avec les gars de l'équipage,
Avec Arthur qui balbutie,
Qui sait plus son, plus son âge.
Demain, sur son cargo pourri,
On cherchera d'autres rivages.
On cherche quoi, on cherche qui,
Quand on s'en va, quand on voyage?
C'est un vieux port de Malaisie,
Un oiseau plane sur la plage,
J'ai tué l'espoir, j'ai tué l'ennui,
Mais je garde dans mes bagages

Comme un goût de solitude,
Une envie d'aller plus loin,
Et cette folle certitude
Que quelque part il y a quelqu'un,
Comme un goût de solitude!

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